CYBERATO Alter-perspectives disputables

NICOLAS Georges

  • Walter Christaller : les "principes" ("Prinzipien") d’un géographe totalitaire opportuniste

    Date de publication : 03-08-2015
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    professeurs honoraires

     

    Ce texte sur lesprincipes de Walter Christaller, restitués dans leur intégralité et leur actualité, montre que si on utilise ses idées en les considérant comme « scientifiques » au prix d’un tri sélectif ou d’associations improbables (« cadavres exquis »), qu’on le veuille ou non, on récupère leur contenu totalitaire. Accepter la problématique de Walter Christaller n’est pas idéologiquement « neutre » et encore moins scientifiquement « impartial ».

    Pour Walter Christaller en effet, dans la nature inorganique et organique, l’ordonnancement d’une masse autour d’un noyau, l’ordre central, est l’image spatiale de l’ordre d’appartenance commune qui est un besoin fondamental de l’être humain. La fusion géométrique de l’inorganique et de l’organique dans les lieux centraux et sa représentation à l’aide de schémas triangulo-hexagonaux réguliers, infiniment reproductibles et extensibles, lui permet de faire de l’espace un décor idéal qui fascine les spectateurs et les utilisateurs par sa régularité, son équilibre et sa puissance. La totalité de la nature inorganique et organique cristallisée dans lieux centraux révèle l’existence d’un ordre universel et permanent. La représentation des principes qui déterminent les rapports entre les lieux centraux à l’aide de schémas confère ainsi une puissance spectaculaire et irrésistible à l’exposition de ses idées totalitaires.

    Pour citer ce texte :

    NICOLAS Georges et RADEFF Anne,  « Walter Christaller : les « principes » (« Prinzipien ») d’un géographe totalitaire opportuniste », In : Cyberato, Alter-perspectives disputables, Rubrique : Publications, Travaux et Mémoires, août 2015: www.cyberato.org

     

  • Re : KIESEWETTER Hubert : escamotages et approximations à propos de Walter CHRISTALLER

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    Il faut arrêter de présenter le système des lieux centraux de Walter Christaller comme un « modèle mathématique ». Tout d’abord, la désignation de ses « principes » à l’aide de la lettre k (dont il n’est même pas l’inventeur : c’est August Lösch qui a utilisé le premier k= 3, k=4 et k=7 !) est au mieux une numérologie. Ensuite, ses schémas hexagonaux ont à peu près autant de véracité que les constellations utilisées par les astrologues qui n’ont aucune réalité cosmique et ne sont que des illusions d’optiques sacralisées.

  • Traduire, interpréter et fabriquer des "cadavres exquis" : zentrale Orte (1933), central places (1957-1966), lieux centraux (1964), places centrales (1973), località centrali (1980)

    Date de publication : 16-01-2015
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    professeurs honoraires

    Il n’y a pas chez Walter Christaller un niveau épistémologique (la formulation de la théorie) autonome de niveaux idéologiques (les applications de la théorie) qui justifierait de traiter tout ou partie de sa « théorie » des lieux centraux indépendamment de ses tentatives de l’utiliser pour aménager espace.

    Pour Walter Christaller un « lieu » (« Ort ») est un concept géographique à la fois concret et abstrait : lieu d'activité, lieu de fonction, localisation. S’il est « central », les marchandises et les services qui sont distribuées depuis ce « lieu » engendrent une  région complémentaire « idéale » en forme de cercle. Les formes « normales » du triangle et de l’hexagone s’inscrivent dès lors dans ce cercle car elles sont une solution « évidente » à la localisation la plus rationnelle des autres lieux centraux équivalents autour de ce lieu initial. Ainsi, la « haute rationalité » de l’ordre central permet à Walter Christaller de transformer « l’optimalité spatiale » en une « normalité » à la fois paradigmatique et pratique. Cette « normalité » scientifique spatiale lui permet d’une part de qualifier de « pas normales » (« nicht normale ») les observations empiriques qui contredisent sa théorie et d’autre part de justifier le retour « normal » des lieux centraux perdus par l’Allemagne en Alsace par l’« optimalité spatiale » conforme à une « haute rationalité » à la fois scientifique, pratique et politique.

    Par conséquent, séparer la « théorie christallérienne » et les « modèles christallériens » de la pratique opportuniste et totalitaire de Walter Christaller nie l’unité de sa pensée pour la débiter en morceaux contingents. Le choix de détacher ainsi certaines parties du discours global de Walter Christaller a été favorisé par la traduction de Die zentralen Orte in Süddeutschland (1933) en anglais (Carlisle Whiteford Baskin : 1957-1966) puis en italien (Elisa Malutta et Paola Pagnini : 1980). Ces traductions orientées et incomplètes ont favorisé la diffusion de deux affirmations déterminantes pour la compréhension et l’utilisation de cet ouvrage.

    1) Les schémas triangulo-hexagonaux de Walter Christaller seraient mathématiquement « évidents ».

    2) August Lösch aurait « généralisé » Walter Christaller dans Die räumliche Ordnung der Wirtschaft(1940-1944).

    Or, il a été démontré mathématiquement en 1986 que les schémas géométriques de Walter Christaller ne résolvent pas le problème de distribution de la « marchandise centrale » à partir d’un « lieu central » tel qu’il l’a posé en 1933. En plus, en 2009, il a été prouvé graphiquement que l’axiomatique d’August Lösch est incompatible avec le principe initial de Walter Christaller, en dépit de la similitude de leurs schémas triangulo-hexagonaux.

    C’est Walter Christaller lui-même qui est à l’origine de la croyance qu’August Lösch a « généralisé » son « système de lieux centraux » (1941). Pour essayer de convaincre les responsables nazis du « Commissariat du Reich pour le renforcement du peuple allemand » (RKF) de la supériorité de son système des lieux centraux pour planifier spatialement les territoires conquis à l’Est, Walter Christaller oppose ses « principes concrets » (approvisionnement, trafic, administration : 1933 ; ethnicité : 1941) aux « formules abstraites » d’August Lösch (1940). D’après lui, ces abstractions ont certes « généralisé » ses principes mais n’ont pas fourni une solution universellement valable pour réaliser un « ordre spatial pratique » (« die praktische Raumordnung »), « forme élémentaire de « l'ordre d'appartenance commune » [qui] est, dans la nature inorganique et organique, l'ordonnance d'une masse autour d'un noyau, d'un centre : un ordre central (eine zentralistische Anordnung). »

    Après la deuxième guerre mondiale Walter Christaller insiste sur le fait que la « généralisation » de son système des lieux centraux a été faite par August Lösch sur la base d’observations effectuées aux Etats-Unis avant 1940. Il renouait ainsi les relations ébauchées dès avant et au début de la deuxième guerre mondiale (1940-1941) entre l’Allemagne et les États-Unis et il s’insérait dans la réconciliation atlantique anti-communiste ou anti-marxiste postérieure au conflit. Cette proximité affichée et réaffirmée en 1968 fournissait matière à un « Persilschein » (document servant à blanchir les anciens nazis, à l’instar de la célèbre marque de lessive de l’époque) et contribuait à sa réinsertion scientifique et politique dans le cadre de la « politique de liquidation du passé » (« Vergangenheitspolitik ») de l’Allemagne fédérale après la fin de la deuxième guerre mondiale.

    L’acceptation de « l’évidence » des schémas théoriques de Walter Christaller et de l’affirmation qu’August Lösch a « généralisé » ses principes fait partie de la « normalisation » et de « l’immunisation » du « système des lieux centraux » considéré comme une « science normale » en Allemagne après 1945 ainsi que dans beaucoup d’autres pays du monde dans les années 60-70. En dépit de ses critiques et réserves sur la validité scientifique des idées du théoricien de « lieux centraux », Carlisle Whiteford Baskin a participé à la pratique consistant à fractionner le contenu de Die zentralen Orte in Süddeutschlandpour effectuer des recherches sur ces éléments disjoints, la succession chronologique de ces recherches donnant la fausse impression de respecter le texte et les schémas originaux de Walter Christaller. La tradition c’est ainsi instaurée de fabriquer des « cadavres exquis » à la manière du jeu consistant à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'elles tiennent forcément compte des contributeurs précédents.

    La traduction favorise l’utilisation de cette méthode. Tout d’abord le traducteur change le sens du texte original ou le fractionne puis l’utilisateur y ajoute ce qu’il veut et lui donne une nouvelle unité. Mais cette manipulation n’explique pas tout. Il faut également tenir compte des compétences et aussi parfois du désir de s’approprier une autorité scientifique supposée, surtout si cette autorité a changé de « camp ». Si on condamne la pratique nazi de Walter Christaller en la qualifiant de « satanique » en omettant volontairement de la mettre en relation avec sa pensée scientifique, on ouvre la voie à toutes les falsifications formulées en se servant de cette séparation entre idéologie (les applications de la théorie, simples égarements circonstanciels) et épistémologie (la théorie reste valable en dépit de ces égarements). Réciproquement, critiquer le contenu scientifique de la pensée de Walter Christaller en faisant abstraction de ses propositions d’applications ne permet pas de comprendre le contenu scientifique réel de sa théorie et empêche de la falsifier en s’attaquant à son noyau : sa prétendue « normalité » métaphysique, mathématique et paradigmatique au point que ses schémas spatiaux  triangulo-hexagonaux seraient « évidents » et ses « principes » toujours universellement valides.

    La présentation globale des approches successives de la problématique de la théorie des lieux centraux à travers les traductions et les transpositions linguistiques du contenu de Die zentralen Orte in Süddeutschland n’est pas seulement métaphorique, voire non rationnelle, mais introduit à une compréhension de la logique de l’enchaînement des réinterprétations qui ont orienté la recherche internationale sur la « centralité » pendant la deuxième moitié du XXe siècle source de ses avatars postérieurs au XXIe siècle.

  • Re : PEER REVIEWS : ACME : “Open access” and “Open science”

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    ACME is an “open access” but not an “open science” E-Journal. In “open access”, the “experts” (reviewers) have absolute censure powers, while in “open science” the articles are first published and then valued; as a result, there is no preliminary censure.

  • PEER REVIEWS : ACME : « open access» et « open science » dans une « peer review »

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    Chez ACME (An International E-Journal for Critical Geographies) la « critique » s’exerce contre toutes les géographies et tous les géographes que la « peer review » ne juge pas « anarchist, anti-colonial, anti-racist, environmentalist, feminist, Marxist, non-representational, postcolonial, poststructuralist, queer, situationist and socialist perspectives. » Scientifiquement ACME n’est pas différente des revues publiées par ses ennemis idéologiques. Tout peut être critiqué dans ACME, sauf le contenu d’ACME. La « géographie critique » d’ACME est une géographie institutionnalisée ou des enseignants-chercheurs pleinement intégrés ou en cours d’intégration dans une institution universitaire ou scientifique abandonnent l’exercice de la critique quand elle est susceptible de nuire à leur carrière. ACME une revue militante ; ce n’est pas une revue scientifique.

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